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vendredi, 11 janvier 2008
L'autre étudiante
C'était le matin. Pour une fois, j'avais réussi à m'extirper des couvertures, à rejeter ma couette et à sortir de mon lit douillet. J'étais décidée à affronter cette journée de travail avec un peu plus de sérieux que la veille. Promis, ce soir, pas de fiesta, pas d'apéro prolongé devant une partie de jeux vidéo, pas d'engrenage à picoler et à fumer avec le coloc ! Je devais absolument me mettre au boulot ! Je me disais, pour me rassurer, que j'avais juste 2 ou 3 jours de travail intensif à fournir et qu'après ça, je m'accorderais une petite grasse mat', et puis, il fallait relativiser : il y avait nettement pire comme boulot que ce que je faisais de mes journées !
Je me mettais donc au travail, ouvrant mon dossier rempli d'articles illisibles et abstraits. Au bout d'une heure et demie, j'attaquais ma demi-heure d'allemand quotidienne. Pour le moment ça roulait, j'arrivais à me concentrer. Et puis d'un coup je la vis passer. Déjà 2 heures que j'étais assise dans cette bibliothèque mal chauffée, à lutter pour garder mes yeux sur l'article de 20 pages, incompréhensible, que j'étais sensée étudier et voilà qu'entrait le meilleur moyen de me détourner de ma mission ! Je ne l'avais encore jamais vue, comment celà était possible ? Une si belle fille, je m'en serais forcément rappelée !
Punaise, voilà qu'elle s'avançait vers ma table ! D'un coup, d'un seul, je ressentis comme un grand frisson qui remontait le long de ma colonne vertébrale, je sentis les pulsations de mon coeur accélérer, elle résonnaient dans ma tête. C'était une vraie fanfare ! C'était comme si une dizaine de tambours, de djembés, de batteries, bref comme si les percus de 5 ou 6 groupes de rock avaient été rassemblés dans mon cerveau. En plus il y avait un espèce de chatouillis qui me titillait le ventre et qui remontait le long de ma gorge.
Elle s'assit en face de moi. Je luttais de toutes mes forces pour garder mon regard fixé sur la photocopie d'un vieux bouquin de 1934. Ca parlait de quoi déjà ? Ah oui ! Est-ce qu'elle pourrait être impressionnée par la pile de feuilles que j'avais devant les yeux, par les pages que j'avais déjà gribouillées ? Est-ce qu'elle allait me prendre pour une intello coincée ou comme une future scientifique à la carrière prometteuse ? Mais, après tout, qu'est ce que ça pouvais faire ? J'étais venue ici pour travailler, pas pour regarder les filles, et encore moins pour en brancher une. En plus avec la chance que j'avais toujours eue, elle était sans doute hétéro ou à moitié folle. Et puis, en plus, je n'avais pas envie de me confronter à une éventuelle réaction homophobe.
C'était un petit peu injuste, après tout. J'aurais été un mec, j'aurais pu engager la conversation, essayer de l'interesser. Etre une fille qui aimait les filles, ce n'était pas toujours une partie de plaisir (sauf quand la fille était douée...). C'était un peu troublant comme situation, je m'étais rarement sentie aussi attirée par quelqu'un avec seulement un ou deux regards furtifs. Bon sang, ça n'allait pas finir cette foutue fanfare ! Je levais discrètement les yeux de ma feuille. Elle avait de longs cheveux fins aux reflets roux, une chaîne en argent autour du cou. Elle dégagea une mèche de cheveux derrière son oreille. Waou ! Elle était vraiment charmante.
Bon ça suffit ! Concentre toi, poulette !
Mais comment se concentrer avec cette splendide créature qui s'était installée juste sous mes yeux gourmands ? C'était tellement difficile de ne rien laisser paraître. J'avais toujours ce frisson qui courrait tout le long de mon corps et je sentais déjà mes joues rougir. Ca faisait déjà 15 minutes que je lisais la même feuille et c'était la cinquième fois que je parcourais le premier paragraphe qui m'apparaissait aussi oscur qu'un texte en chinois. Les sourcils froncés, le visage presque collé à mon dossier, j'essayais d'oublier la chaleur presque étouffante qui m'envahissait. J'ai presque sursauté quand j'ai entendu le son de sa voix.
"Excuse moi, tu aurais l'heure s'il te plaît ?"
Elle avait murmuré ces quelques mots dans un souffle. J'avais l'impression que mes joues étaient entrées en combustion spontanée.
"- Heu, heu, o... Oui, heu... C'est... heu... 11h !
- Merci..."
Argh ! Elle était vraiment charmante ! Sa voix cristalline résonnait dans ma tête. Presque inconsciemment, je m'approchai d'elle, elle leva vers moi ses yeux pétillants. D'un coup, elle bondit de sa chaise, me saisit par la manche et m'entraîna dans un coin désert, derrière la fac. Je n'avais jamais fait ça avant. Elle se tourna vers moi, posa ses mains sur mes joues. Elle m'embrassa. Tendrement, intensément. Elle m'embrassa comme si elle avait attendu ce moment depuis longtemps. Lorsque ma main se posa derrière son cou, je la sentis se serrer plus fort contre moi. Nous reprîmes notre souffle et nous échangîmes encore un baiser, un autre, et encore un autre. Nos bouches s'ouvrirent. Tout était si naturel, si évident. Quand j'ouvris les yeux, j'avais le souffle coupé. Elle me regarda tendrement, en me caressant doucement le visage et me dit :
" - Ca fait des semaines que j'avais envie de ça, depuis la première fois où je t'ai vue à la bibliothèque mais je ne savais pas comment t'aborder..."
Je la serrai contre moi, mon coeur était en pleine chevauchée fantastique. Je levai les yeux vers le ciel, un sourire radieux sur les lèvres.
11:00 Publié dans Nouvelles d'écrivain amateur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nouvelle, lesbien




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