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samedi, 21 juin 2008

I am what I am

C'est amusant de voir comme les choses peuvent changer en si peu de temps. Il y a un mois de ça, j'étais inconnue au bataillon des apprentis chercheurs, je ne voyais pas le bout du tunnel sans fin de la coloc, je passais mes journées à rédiger le mémoire qui a pompé presque 2 ans de ma vie. J'avais presque renoncé, je commençais à démarcher les divers Office du Tourisme pour avoir un éventuel poste à l'accueil, je m'étais inscrite aux concours d'attaché territorial. Je m'étais résigné à faire partie de ces gens qui ont un rêve qui s'effiloche au fil des années, et qui disent des années plus tard, "c'est la vie, j'ai du poser mes pieds sur terre et rentrer dans le moule". Mais, bizarrement, je ne le vivais pas si mal que ça, j'étais allée au bout de mon boulot, une page se tournait, point barre. Pas de larmes, pas d'états d'âme, je relativisais beaucoup.

Mais suprise, il semble que le destin ou je ne sais quoi ai décidé de s'amuser encore un peu avec moi. Alors, avec un petit sourire en coin, je lève les yeux vers le ciel sans nuages et je lance un "merci, Grand Esprit...". Je n'ose pas trop imaginer ce que pourrait être ma vie dans les trois prochaines années si je faisais finalement partie du petit groupe d'élus à qui on tend une belle perche, à qui on ouvre la voie royale vers le micorocosme de la recherche. Je ne veux pas avoir de trop grandes espérances. Je ne supporte pas le regard condescendant de certains thésards qui, en sciences dures, n'ont pas à batailler comme les clodos des Sciences Humaines pour avoir un financement : "il ne faut pas que tu fasses ci, ou ça. Tu verras la thèse c'est galère...". Ils se plaignent mais sont bien contents de les avoir, les allocs, d'avoir pu vivre leur rêve là où tant d'autres se sont cassés les dents. Je savoure ma chance, j'ai conscience de faire partie de la minorité à qui on offre une chance. Ce n'est pas un fardeau, c'est une reconnaissance, après tout ce travail, après toutes ces années passées à batailler, à croire en sa chance, à se dire que j'y arriverais, à ne pas écouter tous les rabats-joie qui me disaient que j'allais dans le mur. Je me suis battue pour être là alors je ne vais certainement pas être d'accord avec le petit groupe de snobinards qui se plaignent. Etre payé pour faire une thèse, c'était mon but depuis le début. Et j'ai eu presque envie, hier, de leur répondre ceci :

Mes amis, j'ai tellement galéré ces dernières années, je suis passée par tous les stades, je sais très bien où sont mes limites, je connais les erreurs à ne pas reproduire et, sans vouloir être trop présomptueuse, je pense me connaître mieux que vous ne me connaissez. J'ai presque mis mon couple en jeu, j'ai mis beaucoup de choses dans la balance, je sais très bien où je vais. Je ne suis pas la même personne qu'il y a deux ans. J'ai le sentiment d'avoir enfin, au bout de toutes ces années, compris qui j'étais. Alors, si j'arrive, par miracle, à décrocher ce financement, je me dirai que tout ce que j'ai fait n'a pas été pour rien.

Je dois mettre mes dernières forces dans cette ultime bataille. Et en même temps, je prends ça comme une bonne surprise parce que c'est toujours quand on s'y attend le moins que les bonnes choses arrivent, quand on pensait que tout était fini. Alors je ne m'attends pas le moins du monde à décrocher cette alloc, je suis déjà très fière de pouvoir défendre mon travail. Je me fierai à mon instinct, à mon expérience qui me disent de rester cool, de faire mon maximum, sans prise de tête car moi, contrairement aux poulains des labos, je n'ai aucune pression sur mes épaules, je suis l'outsider. Et ma vie ne s'arrêtera pas si je n'ai pas de financements, quoiqu'il arrive, j'irai me blottir dans les bras de mon Ange en me disant que c'est chouette la vie.

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