lundi, 10 mars 2008
Parce que le mot "avenir" est absent du vocabulaire universitaire
Je commence à réaliser certaines choses. Commencer à réaliser alors qu'on prépare un bac+5, c'est un peu tard. Mieux vaut tard que jamais. Après avoir arrêté pendant un an de pratiquer le chemin semé d'embuches de la recherche universitaire, j'étais revenue, la fleur au fusil, décidée à aller au bout de ma chance cette année. Oui, sauf que, de la chance, j'en ai jamais vraiment eu dans le boulot sauf une fois où j'ai eu une super opportunité mais je crois que j'ai cramé mon capital "chance" à ce moment là.
Le spectre du chômdu me hante de plus en plus, surtout quand je vois dans quel embouteillage professionnel je me casée. J'ai choisi, comme tant d'autres, une voie bouchée. Et alors que tous les profs depuis mon enfance me répétaient que je n'irai jamais au bout de mon rêve parce que, justement, il n'avait rien de réaliste, j'avais toujours répondu : "il y en a 3 par an qui réussissent ? Je serai dans les trois !". Oui mais bon voilà la réalité frappe de plein fouet, dure, cruelle : je ne suis pas dans ces trois là. Et je me dis que si je n'ai pas tout sacrifié à mes recherche depuis 2 ans, c'est sans doute pour la bonne et simple raison que j'en ai marre.
Oui j'en ai marre. Marre de courrir après le soutien éventuel d'un prof. Moi je me suis toujours positionnée par rapport à la qualité de mon travail, pas par rapport à mes relations et mes contacts, quelle naïveté me direz-vous. Oui peut-être mais en tout cas moi je ne suis pas faite pour lêcher des culs pour obtenir un place, peut-être parce que je n'aime pas le goût de la merde. Va savoir. Moi ce que je sais c'est que les profs de fac touchent des primes sur leur salaire pour chaque étudiant dont ils encadrent les travaux de recherche. Et nous on a quoi ? On regarde les peigne-culs nous passer sous le nez parce qu'ils ont une liste de contacts plus longue, on voit nos chances de débouchés fondre comme neige au soleil au fur et à mesure que les années passent, on voit nos potes gagner leur vie alors que nous on dépend encore de nos parents, on voit les "djeunzes" parler investissements alors que nous on compte nos euros pour aller se payer des nouilles chinoises au supermarché discount du coin. C'est de tout ça dont je suis écoeurée.
Et le pire c'est que j'avais un rêve quand j'étais gosse, mais dans ce rêve là je n'étais pas une carpette qui s'écrase devant les grands pontes universitaires, je n'étais pas une colporteuse de ragots pour griller la place d'un collègue, je ne mangeais pas des conserves dégueulasses juste pour pouvoir me payer un bouquin utile, je m'endormais pas dans une conférence juste parce que "ça fait bien d'être là". Dans mon rêve je faisais des choses utiles et j'étais payée pour mon travail. A l'heure actuelle c'est moi qui paye pour avoir le droit d'écrire un pavé qui sera lu par 2 personnes. Mon rêve c'était de voyager à la découverte de civilisations perdues. Et la réalité de ce milieu me dégoûte un peu plus chaque jour.
Alors je tire ma révérence, on tombe le masque. Je ne jouerai plus un rôle qui ne convient pas dans une pièce qui ne me convainc plus. Je vais rentrer dans le moule mais je n'aurai pas une vie ordinaire. Je comme à réaliser que je n'ai pas besoin d'avoir tel ou tel statut, tel ou tel mot sur mon cv pour vivre mon rêve et pour avoir la vie extraordinaire que je voulais. C'est à moi seule de mettre des paillettes dans mon quotidien et il est temps que je reprenne ma liberté. Je regarde la petite fille qui vit encore au fond de mon coeur et je lui dis :
"Regarde, on a réussi, peut-être pas avec les diplômes mais on a réussi notre vie. On est libres, et la liberté est trop précieuse pour la sacrifier à ce milieu. Pense aux souvenirs qui te viendront à l'esprit quand nous serons vieilles, tu ne te rappellera sans doute pas de tes soutenances mais de la vie, la vraie."
Au fond de moi je sais que, dans mon coeur, j'ai réussi. Je suis fière de moi peut-être encore plus maintenant que j'apprends à faire le deuil de mes rêves ou plutôt de mes illusions. En plus je ne ferme pas totalement la porte. Je vais aller au bout de ce mémoire et qui sait, je reprendrai peut-être une thèse dans quelques années. En tout cas, on n'a qu'une jeunesse, j'ai envie de profiter de la vie, de rester ouverte à toutes les expérience, je n'ai pas envie aujourd'hui de m'enfermer dans un milieu cloisonné, de sacrifier ma vie à un travail qui me paraît inutile.
Collègues, directeurs de recherche, je vous quitte sans regrets. Je suis arrivée au bout d'un cycle, il est temps de vivre.
11:34 Publié dans Smoke rings of my mind | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : université, études, master, recherche



