lundi, 05 mai 2008
Rock my world (partie 1)
La fête de PaCS était terminée, il était temps de raccompagner les British à l'aéroport. C'était sans consteste la soirée la plus magique de ma vie. Tous mes amis, les gens que j'aimais avaient fait le déplacement, même les étrangers. Je me rappellais la plage, le coucher de soleil, les étoiles, la fille que j'aimais serrée contre moi, mon coeur qui battait à 100 à l'heure, mes jambes qui avaient du mal à me tenir, mes yeux qui ne pouvaient pas retenir mes larmes de bonheur. On avait discuté, fêté dignement les cinq années magiques passées aux côtés de l'Ange merveilleux qui partageait ma vie. Je me rappellait les chants, la guitare, le bain de minuit, les rires, cette sensation de voler...
Mais toutes les bonnes choses avaient une fin et les Anglais devaient prendre l'avion dans 2 heures, il fallait se dépêcher. Je les embarquais dans ma petite Saxo et filais en direction de l'aéroport. J'étais encore émue pendant le trajet et je ne pouvais pas m'empêcher de verser encore quelques larmes même si je savais que j'allais les revoir bientôt. J'adorais vraiment ces filles, elles faisaient partie des gens les plus fantastiques que j'avais eu la chance de rencontrer et le fait qu'elles soient venues de si loin juste pour moi m'avait vraiment touchée. La magie de cette nuit m'enveloppait encore...
Des images plein la tête, le coeur encore étourdi par tant d'émotions, j'arrivais enfin sur le parking de l'aéroport. Joan et Lucy partirent devant, me laissant seule avec Kate. Je la regardais, un sourire gêné en repensant à cet été, trois ans auparavant... On se connaissait déjà depuis un an et c'était notre deuxième saison à travailler ensemble. C'était d'ailleurs dans ce club que je les avais toutes rencontrées, mes British mates. Mais cet été là, j'avais failli craquer. Les images me revenaient à l'esprit... Je me revoyais assise au bar, en face d'elle, essayant de dissimuler ma gêne, essayant de ne pas rougir à chaque fois qu'elle m'adressait la parole, essayant de ne pas me montrer trop proche quand elle me passait le bras autour du cou, en toute amitié. Oui, à cette époque, je ressentais un peu plus que de l'amitié.
On avait toujours eu des relations un peu ambigües toutes les deux. Je ne calculais plus d'ailleurs le nombre de fois où les collègues avaient cru qu'on était ensemble. Apparemment, on aurait formé un beau couple. Je me rappellais la fois où on s'était vraiment brouillées, on avait crié au bar, avec les collègues qui nous regardaient, les yeux écarquillés. On ne s'était pas parlées pendant une semaine, évitant soigneusement de se retrouver côte à côte, n'accordant aucune attention aux tentatives des collègues pour nous réconcilier. Et puis, un jour, on s'était retrouvées au même moment dans les douches. On s'était regardées et elle m'avait dit :
"I'm sorry, I know I'm not a very good friend..."
J'avais souri et je l'avais prise dans mes bras : "It doesn't matter. I've been awful too. Come on, let's have a drink"
J'avais alors essayé de faire taire mes sentiments, sachant que ça ne pourrait jamais marcher. Jamais elle ne partagerait mes sentiments. Elle était hétéro et moi, j'avais une petite amie qui m'attendait en France. Comment est-ce que j'aurais pu jeter aux ordures une relation de trois ans pour quelque chose qui n'arriverait jamais ? Et puis je me disais que c'était à cause du travail saisonnier, que c'était parce que j'étais loin de chez moi, coupée du monde extérieur et que, par conséquent, tout ça prenait des proportions démesurées, je n'aurais jamais ressenti ça dans un autre contexte. Mais je ne pouvais pas m'empêcher de la regarder, de la trouver magnifique et tellement mystérieuse... J'avais rêvé d'elle presque chaque nuit... Mais c'était impossible. Je ne pouvais pas faire ça à la fille merveilleuse qui attendait mon retour... Alors j'avais fait mon deuil, ce n'était qu'un rêve...
" - Em ! What the hell are you doing ?! I'm gonna miss my flight !
- Oh ! Er... Yeah ! Sorry, I was daydreaming...
- Yeah I saw it ! Come on !"
On arrivait dans le terminal. Lucy et Joan n'étaient toujours pas revenues.
" - Oh I'm sorry, I made you hurry but in fact my flight is only in one hour !
- No problem mate !"
Je la regardais, elle avait changé depuis la dernière fois que je l'avais vue, quand elle était venue passer une semaine chez moi l'été dernier. Une chouette semaine... Elle avait maintenant de longs cheveux blonds et quelques mèches tombaient doucement sur ses yeux à chaque fois qu'elle bougeait la tête. Elle avait toujours la même attitude cependant, une princesse mystérieuse et inaccessible. On décidait d'aller s'asseoir, en attendant que les filles refassent leur apparition. Elle se tourna vers moi. Elle semblait triste, comme si quelque chose la préoccupait.
"Hey ! What's the matter, beautiful ?"
Sans m'adresser un regard, les yeux dans le vague, elle me dit d'une voix monocorde :
"- Marie is lucky to have you.
- I'm the lucky one ! répondis-je avec un sourire
- I don't know if she realizes it... You know, that stuff you did with your guitar...
- The song I made for her ? I know... It was really too much but I really wanted to do it. You know, I was so fucking scared when I took my guitar and started singing ! I thought I could never do it ! I was so scared to forget the lyrics, the chords and to make it worse than it was ! And in front of all of you... Pfiouh ! I was glad when I ended it !"
Et je me mis à rire en repensant à ce moment que j'avais imaginé tant de fois âu cours des mois précédents. J'avais eu tellement peur d'être ridicule, moi qui n'avais jamais écrit de chanson pour personne et qui n'avais même jamais chanté devant quelqu'un ! Mais Kate ne souriait pas, pas du tout. Je commençais à m'inquiéter. Qu'est-ce qu'elle pouvait avoir qui clochait ?
" - You know... That's what I've always looked for... Even if I act like I don't give a shit about that, even if I pretend I find it ridiculous... I'd love to have someone like you in my life, someone who would organize a party with all my friends for me, someone who would offer me flowers, someone who would write a song for me...
- I'm sure you'll find someone who's made for you
- You know, I've had enough of men ! They're all the same ! I could never find someone who would understand me, who would forgive my hysterical temper, someone like you..."
J'étais sciée... J'avais peur de comprendre... Est-ce que Kate avait eu une déception sentimentale, encore, et s'imaginait qu'entre fille c'était plus facile ?
" - You know, it's not easier in Lesboland ! Sometimes it's even worse ! Girls can be really annoying sometimes !
- I was ?"
Je sentais le rouge me monter aux joues. A quoi elle jouait à la fin ? Je ne savais pas trop quoi lui répondre. Oui elle avait chiante elle aussi, comme nous toutes, comme tout le monde mais quel était le rapport avec moi ? Elle avait encore du être déçue par un mec ! Je ne comprenais pas. Comment un mec pouvait ne pas se sentir bien avec une telle fille, avec une princesse comme elle ? Comment pouvait-on ne pas savourer le fait d'être avec cette fille ?
" - You know, if the guy doesn't appreciate every single minit he spends with you, well then, it means he's a massive bastard !"
Enfin, j'arrivais à lui arracher un sourire ! Ephémère... Elle fixa ses yeux dans les miens, je me sentais assez gênée mais j'essayais de dissimuler tant bien que mal mon malaise.
"- It's really a shame I didn't realize it before...
- Er, what ? realize what ?
- That you're more than a friend to me."
J'eus soudain l'impression que mes yeux étaient sortis de leurs orbites, que ma machoire inférieure trainait sur le sol et qu'un camion de plusieurs tonnes lancé à pleine vitesse avait heurté ma poitrine. QUOI ?! Qu'est-ce qu'elle venait de dire ?! Non, non, ce n'était pas possible, j'avais du mal entendre, je devrais d'ailleurs vite prendre rendez-vous chez le toubib, je ne me sens pas très bien. Je...
Et là, je n'eus même pas le temps de faire un mouvement. Le temps que je réalise ce qui était en train de se passer, elle s'était approchée de moi et avait pressé ses lèvres contre les miennes. J'étais paralysée. C'était comme si j'avais été projetée dans une autre dimension en l'espace d'un millième de seconde. Où était le terminal ? Où était l'aéroport ? Où étaient mes mains ? Pourquoi est-ce que la seule chose que je sentais, c'était mon coeur qui jouait une fanfare à lui tout seul, qui battait si fort que j'en avais mal ? Le temps s'était arrêté et mon esprit, ma capacité à réfléchir s'étaient évaporés comme de l'eau en plein soleil. Je n'avais plus aucun contrôle. Mon corps ne répondait plus à mon cerveau léthargique. Je sentis juste mes yeux se fermer, mes lèvres se presser contre les siennes, mes mains caresser ses longs cheveux... Elle me serra plus fort. L'émotion était si forte que je crus que j'allais m'évanouir. J'étais totalement désarmée. Je sentis sa bouche s'entrouvir, la mienne fit de même et, dans un dernier soupçon de conscience, je savourais la sensation divine de sa langue qui caressait doucement la mienne.
Quand j'ouvris enfin les yeux, j'eus l'impression qu'un demi-siècle s'était écoulé. J'étais complètement assommée, j'avais le souffle coupé et mon coeur battait si fort que j'avais l'impression que le monde entier pourrait l'entendre. Le sang battait furieusement mes tempes. Je levais les yeux vers la responsable de tout ça. Je voulais être furieuse, lui dire qu'elle n'aurait pas du faire ça, pourquoi pas la giffler mais la voix qui sortit de ma bouche fut celle d'une enfant intimidée :
" - What the hell did you do ?!
- You know what I did. The question is : why did you kiss me back ?"
Argh ! J'étais coincée. Je ne me rappelais même plus ce que j'avais fait, à vrai dire, ce mon corps avait fait. Je me rappelais juste cette sensation délicieuse de...
" - You're blushing ! You're smiling ! Is it possible that you...
- Stop it ! Shut the fuck up ! I have a girlfriend and I love her ! We've been together for 5 years and I love her ! Do you understand ?! I LOVE HER !"
Je criais presque maintenant, répétant que j'aimais Marie comme pour essayer de me convaincre que ce que je venais de vivre n'avait, après tout, aucune importance. La vérité, c'est que j'avais attendu ce moment depuis 3 ans. Même si j'avais décidé de ne plus rien attendre de Kate, j'avais toujours gardé l'espoir secret, enfoui au plus profond de mon coeur, là où même Marie ne pouvait pas aller, que ce moment arriverait. Mais je ne savais pas quoi faire. Je ne savais pas si je devais hurler de bonheur, si je devais me blâmer, ou si je devais faire comme si rien ne s'était passé... Et bien sûr je n'avais pas le temps de réfléchir, elle repartait pour l'Angleterre et moi je devais retourner auprès de la fille que j'étais sensée aimer de mon être. Pourquoi est-ce que ça ne s'était pas produit plus tôt ? Après tout, ça n'aurait pas rendu les choses plus faciles.
"- Why Kate ? Why are you doing this to me ?? I'm gonna get married for God's Sake !! You came to my wedding party ! And now you're doing this to me, why, bloody hell, why ?? You want to ruin my life because you're not lucky with guys ? I'm not a toy ! Would you tell me why you did that ? Fuck ! I trusted you ! How could do that ?"
Ses grands yeux bleus ecarquillés m'adressèrent un regard à la fois supris et triste. Apparemment, elle ne s'attendait pas à une telle réaction et, pour être franche, moi non plus. Elle fronça les sourcils et répliqua, un brin énervée :
" - Shit, Em ! I know you're not a fucking toy ! I wanted to be honest to you. I've been waiting so long to tell you this...
- You told me nothing, you just stuck your lips on mine !
- Well, then, it doesn't seem like you hated it...
- Stop fooling around ! And please stop smirking ! Tell me why.
- Ok, ok, don't shout ! The truth is I love you, I've loved you for long but I was too scared to admit it and then too scared to tell you when I came last summer to your place. You know I didn't want to get in the way between Marie and you and I didn't want to take advantage of the situation when I came to your place, because she wasn't there. And, you know, I was sure you would never feel the same as me. You were supposed to be madly in love with Marie, you, twat ! And I was supposed to be straight ! I didn't know what to do ! And now, I just felt like I had to do it, I had to tell you before I leave, before you get married, before I miss the opportunity to tell you about my feelings. I kept it for such a long time ! And during the party you were so dashing, laughing, playing the guitar, I never saw you like that, you were amazing and so it was too hard for me to leave without telling you. But I never expected you would kiss me back...
- I didn't expect that to happen... Not like that.
- What ?! What do you mean "not like that" ?"
Je ne pouvais m'empêcher de sourire, je ne pouvais pas m'empêcher de ressentir une joie immense s'emparer de mon coeur, même si je pensais aussi à Marie. Kate m'aimait. J'étais aux anges.
Je sursautais quand j'entendis quelqu'un lancer joyeusement :
"-What are you doing you two ? Hiding ?"
C'était Joan. Elle nous regardait avec un petit sourire en coin en lança un clin d'oeil à Kate :
"-So you told her ?"
Quoi ?! Je bouillonnais. Alors comme ça, cette petite saleté avait prémédité son geste ? Et en plus elle en avait parlé à Joan ?! La fille la moins discrète que je connaisse ! J'étais vraiment dans une situation précaire... Je lançais un regard furieux à Kate qui se mit à rougir et répondit avec un sourire moqueur :
"-No, I didn't tell her about the wedding present."
Oups !
Lucy ne tarda pas à arriver. J'addressais un dernier au revoir aux filles, les remerciais pour être venues. Puis je les serrais fort dans mes bras, tentant vainement de bloquer les larmes qui me montaient aux yeux. Elles passèrent les portes d'embarquement, promettant qu'on se reverrait très bientôt. Et une fois encore, je me retrouvais seule avec Kate qui s'était éclipsée juste après avoir lancé un rapide "Bye !" aux filles. De toute façon, elles habitaient la même ville alors je savais très bien qu'elles allaient passer la soirée ensemble dès le lendemain, ne serait-ce que pour faire un debriefing de leur rapide séjour ici. Je retournais m'asseoir, repensant à ce que Kate avait dit, à ce qu'elle avait fait et surtout à ma réaction. Bon sang ! J'étais sensée être amoureuse de Marie, elle était sensée être la femme de vie et je me laissais embarquer dans je ne sais quelle histoire avec une amie pour qui j'avais une vague attirance quelques années auparavant ? Qu'est-ce qui m'arrivait ? La sensation des lèvres de Kate posées sur les miennes, de son baiser plus doux que le miel, de ses bras qui me serraient contre elle me revint tout d'un coup.
"-Good news !"
Je sursautais.
"- Quoi ? Euh... What ?
- I'm not leaving today !
- If it's one of your stupid jokes, it's not funny !
- Will you stop being so grumpy ? It's not a joke ! We didn't finish our conversation and I don't want it to end like that. I want more time with you to sort this thing out."
Alors là, je n'en croyais pas mes oreilles. Je suis certaine qu'à ce moment là, ma tête a du ressembler très fortement à celle de Nikki Larson se prenant un gros coup de massue parce que Kate a littéralement explosé de rire. Bien, il fallait tirer la situation au clair. Je la saisis par la manche et l'entraînais vers la voiture, tête baissée, sourcils froncés. Je lui ouvris le coffre et lui fis signe de mettre son sac dedans.
"- I thought you'd be really furious
- Well, I am but you already decided, right ? You're so stubborn. What else can I do ?
- Hmm, let me think... You could kiss me."
Et encore une fois, avant d'avoir eu le temps de faire le moindre mouvement, elle me serra contre elle et posa ses lèvres contre les miennes. Mes jambes ne me tenaient plus. J'avais essayé de garder la tête froide mais une fois encore, mon cerveau se mit en stand-by. Une pluie d'étoiles se mit à tomber devant mes yeux. Je la serrais plus fort. Mon coeur allait exploser, c'était certain, j'allais mourir là, tout de suite, mourir d'amour pour une fille qui n'était pas celle avec qui je devais passer le reste de ma vie. Elle me caressa doucement les cheveux. Je tentais de reprendre un peu d'air, mais elle m'embrassa encore, et encore. Ses baisers se firent plus pressants, plus intenses. Je sentais tellement d'amour m'envahir que s'en était suffocant. Je la plaquais contre la voiture, je laissais sa main remonter le long de mes hanches, caresser ma poitrine, je laissais sa jambe se caler entre les miennes. Bon sang qu'est-ce qui m'arrivait ? J'avais le tournis, c'était mieux que les montagne russes ! Je sentais sa langue caresser mes lèvres, envahir ma bouche, jouer avec la mienne, c'était trop bon ! Elle embrassait comme une déesse ! Et son corps était là, contre le mien, j'avais envie de plus, j'avais envie de...
STOP
Je l'avais repoussée, dans un accès de conscience et j'étais là, le souffle coupé, comme si je venais de courrir le marathon, m'appuyant tant bien que mal sur la voiture, regardant autour de moi. J'étais revenue brutalement à la réalité mais fort heureusement, aucun atroupement de badauds n'avait assisté à ce qui venait de se passer.
"- Wow, Em ! That was...
- Will you shut the fuck up ! Stop kissing me around ok ? Stop it !
- Er, if you want but I'm sure you enjoyed it as much as me !
- Of cource I did ! but..."
Je me suis arrêtée net. Qu'est-ce que je venais de dire ? Elle me faisait vraiment perdre mon sang froid. J'avais admis sans sourciller que j'avais adoré, ce qui n'était pas totalement faux. Alors que faire maintenant ? L'emmener dans un coin désert, lui faire l'amour et retourner à ma vie normale, quitter Marie sur le champ pour vivre une passion sans lendemain avec une hétéro fraîchement convertie ou choisir le déni total ? Une chose était certaine, je ne m'étais pas sentie aussi dépossédée de moi-même depuis longtemps. J'étais en feu et je savais que j'avais furieusement envie de Kate. Elle n'arrêtait pas de me fixer et j'avais l'impression de me noyer dans ses grands yeux bleux. Est-ce qu'elle m'aimait ou est-ce qu'elle voulait juste tenter une expérience ? Et moi ? Je voulais céder mais cette foutue morale me rappelait à l'ordre. Je devais savoir.
"- Kate, do you love me or do you just wanna try it with a girl ?
- I already told you ! I love you ! I can't help it ! I'm so sorry to be here, creating problems for you and Marie ! I wish I didn't have those feelings for you but it's too strong for me, I never felt that before, it's like I was bounded to you ! I can get you off my mind !!"
Elle se jeta dans mes bras et se mit à pleurer. Elle m'aimait vraiment, alors ? Et moi ?
La suite bientôt...
19:56 Publié dans Nouvelles d'écrivain amateur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nouvelle, lesbien, amour, shojo-ai
vendredi, 11 janvier 2008
L'autre étudiante
C'était le matin. Pour une fois, j'avais réussi à m'extirper des couvertures, à rejeter ma couette et à sortir de mon lit douillet. J'étais décidée à affronter cette journée de travail avec un peu plus de sérieux que la veille. Promis, ce soir, pas de fiesta, pas d'apéro prolongé devant une partie de jeux vidéo, pas d'engrenage à picoler et à fumer avec le coloc ! Je devais absolument me mettre au boulot ! Je me disais, pour me rassurer, que j'avais juste 2 ou 3 jours de travail intensif à fournir et qu'après ça, je m'accorderais une petite grasse mat', et puis, il fallait relativiser : il y avait nettement pire comme boulot que ce que je faisais de mes journées !
Je me mettais donc au travail, ouvrant mon dossier rempli d'articles illisibles et abstraits. Au bout d'une heure et demie, j'attaquais ma demi-heure d'allemand quotidienne. Pour le moment ça roulait, j'arrivais à me concentrer. Et puis d'un coup je la vis passer. Déjà 2 heures que j'étais assise dans cette bibliothèque mal chauffée, à lutter pour garder mes yeux sur l'article de 20 pages, incompréhensible, que j'étais sensée étudier et voilà qu'entrait le meilleur moyen de me détourner de ma mission ! Je ne l'avais encore jamais vue, comment celà était possible ? Une si belle fille, je m'en serais forcément rappelée !
Punaise, voilà qu'elle s'avançait vers ma table ! D'un coup, d'un seul, je ressentis comme un grand frisson qui remontait le long de ma colonne vertébrale, je sentis les pulsations de mon coeur accélérer, elle résonnaient dans ma tête. C'était une vraie fanfare ! C'était comme si une dizaine de tambours, de djembés, de batteries, bref comme si les percus de 5 ou 6 groupes de rock avaient été rassemblés dans mon cerveau. En plus il y avait un espèce de chatouillis qui me titillait le ventre et qui remontait le long de ma gorge.
Elle s'assit en face de moi. Je luttais de toutes mes forces pour garder mon regard fixé sur la photocopie d'un vieux bouquin de 1934. Ca parlait de quoi déjà ? Ah oui ! Est-ce qu'elle pourrait être impressionnée par la pile de feuilles que j'avais devant les yeux, par les pages que j'avais déjà gribouillées ? Est-ce qu'elle allait me prendre pour une intello coincée ou comme une future scientifique à la carrière prometteuse ? Mais, après tout, qu'est ce que ça pouvais faire ? J'étais venue ici pour travailler, pas pour regarder les filles, et encore moins pour en brancher une. En plus avec la chance que j'avais toujours eue, elle était sans doute hétéro ou à moitié folle. Et puis, en plus, je n'avais pas envie de me confronter à une éventuelle réaction homophobe.
C'était un petit peu injuste, après tout. J'aurais été un mec, j'aurais pu engager la conversation, essayer de l'interesser. Etre une fille qui aimait les filles, ce n'était pas toujours une partie de plaisir (sauf quand la fille était douée...). C'était un peu troublant comme situation, je m'étais rarement sentie aussi attirée par quelqu'un avec seulement un ou deux regards furtifs. Bon sang, ça n'allait pas finir cette foutue fanfare ! Je levais discrètement les yeux de ma feuille. Elle avait de longs cheveux fins aux reflets roux, une chaîne en argent autour du cou. Elle dégagea une mèche de cheveux derrière son oreille. Waou ! Elle était vraiment charmante.
Bon ça suffit ! Concentre toi, poulette !
Mais comment se concentrer avec cette splendide créature qui s'était installée juste sous mes yeux gourmands ? C'était tellement difficile de ne rien laisser paraître. J'avais toujours ce frisson qui courrait tout le long de mon corps et je sentais déjà mes joues rougir. Ca faisait déjà 15 minutes que je lisais la même feuille et c'était la cinquième fois que je parcourais le premier paragraphe qui m'apparaissait aussi oscur qu'un texte en chinois. Les sourcils froncés, le visage presque collé à mon dossier, j'essayais d'oublier la chaleur presque étouffante qui m'envahissait. J'ai presque sursauté quand j'ai entendu le son de sa voix.
"Excuse moi, tu aurais l'heure s'il te plaît ?"
Elle avait murmuré ces quelques mots dans un souffle. J'avais l'impression que mes joues étaient entrées en combustion spontanée.
"- Heu, heu, o... Oui, heu... C'est... heu... 11h !
- Merci..."
Argh ! Elle était vraiment charmante ! Sa voix cristalline résonnait dans ma tête. Presque inconsciemment, je m'approchai d'elle, elle leva vers moi ses yeux pétillants. D'un coup, elle bondit de sa chaise, me saisit par la manche et m'entraîna dans un coin désert, derrière la fac. Je n'avais jamais fait ça avant. Elle se tourna vers moi, posa ses mains sur mes joues. Elle m'embrassa. Tendrement, intensément. Elle m'embrassa comme si elle avait attendu ce moment depuis longtemps. Lorsque ma main se posa derrière son cou, je la sentis se serrer plus fort contre moi. Nous reprîmes notre souffle et nous échangîmes encore un baiser, un autre, et encore un autre. Nos bouches s'ouvrirent. Tout était si naturel, si évident. Quand j'ouvris les yeux, j'avais le souffle coupé. Elle me regarda tendrement, en me caressant doucement le visage et me dit :
" - Ca fait des semaines que j'avais envie de ça, depuis la première fois où je t'ai vue à la bibliothèque mais je ne savais pas comment t'aborder..."
Je la serrai contre moi, mon coeur était en pleine chevauchée fantastique. Je levai les yeux vers le ciel, un sourire radieux sur les lèvres.
11:00 Publié dans Nouvelles d'écrivain amateur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nouvelle, lesbien



